jane Blog > Journée Mondiale des Eléphants: Un message de Dr. Jane Goodall

Le 12 Août 2014, des gens partout à travers le monde ont célébré la Journée Mondiale des Eléphants. On estime que 96 éléphants meurent chaque jour et que la population totale des éléphants décroit à un rythme alarmant. Si nous n’agissons pas maintenant, il est évident que ces magnifiques animaux seront éteints de notre vivant. Dr Jane Goodall explique l’urgence en matière de sensibilisation dans son message pour la Journée Mondiale des Eléphants et nous fait part de comment nous pouvons nous impliquer à notre niveau.

Un message spécial de Dr. Jane Goodall

Je me réveille en cette Journée Mondiale des Eléphants en pensant à tous ces éléphants que j’ai observé en Afrique, dans de nombreux endroits comme la Tanzanie, l’Ouganda et le Kenya. C’était particulièrement amusant de voir un groupe aller prendre un bain, barboter dans l’eau, aspirer l’eau et se l’asperger sur le dos, sortant de l’eau avec parfois seulement le bout de leurs trompes, tels des périscopes à la surface de l’eau. J’aimais les regarder se nourrir en utilisant leurs trompes comme des mains pour cueillir des feuilles au-dessus de leurs têtes, ou encore déchirer l’herbe verte luxuriante près de l’eau.

Certains individus étaient spéciaux. Je pense à Rafiki (qui signifie “ami” en Kiswahili) et ses deux éléphanteaux jumeaux. La première fois que je les ai vus, ils étaient à peine âgés de quelques semaines. C’était l’époque où Derek Bryceson était Directeur des Parcs Nationaux de Tanzanie. J’avais suggéré que nous formions des gardes forestiers à suivre et à observer les éléphants de la même manière que notre équipe de terrain suivait les chimpanzés à Gombe. Iain Douglas-Hamilton accepta de mettre en place quelques ateliers destinés aux gardes forestiers des parcs nationaux de Ruaha, Tarangire et Manyara. Quatre gardes forestiers de chacun des Parcs ont ainsi été affectés à l’observation des éléphants, les suivants par équipe de deux.

Nous avons entendu parler des jumeaux peu de temps après leur naissance. Derek et moi avons passé des heures à veiller sur eux dans les mois qui suivirent. C’était fascinant de les voir tous les deux allaitant en même temps. Rafiki était une mère formidable, caressant tendrement les jumeaux avec sa trompe, ses énormes oreilles battantes, toute la famille se reposant à l’ombre des acacias. Elle était si attentive et protectrice lors de leurs déplacements sur des terrains rocheux.

Et puis un jeune mâle que j’appelais Fred, un véritable poseur – plein de malice et d’énergie. Il chassait n’importe quoi – hérons garde-bœufs, antilopes, phacochères – les chargeant, barrissant férocement, les oreilles déployées comme des ailes. Parfois il mettait en colère un des éléphanteaux, et la mère le réprimandait alors avec un jet d’avertissement sur la tête.

Un autre de mes favoris était un très ancien mâle, Ahmed. Il était tellement vieux que sa peau pendait partout sur son corps. Elle pendait en plis autour de ses chevilles et sous son ventre. Ses oreilles tombaient. Il bougeait doucement et posément, et était souvent tout seul.

Il y a un autre souvenir – ce moment où j’ai entendu des éléphants à l’extérieur de la cabine où je séjournais et d’où je suis sortie pour voir si je pouvais les apercevoir. C’était une zone boisée, et alors que je me tenais là, à l’écoute, je pouvais entendre des branches craquer sous les pattes des éléphants. Pour le reste, ils ne faisaient aucun bruit. Je me suis penchée à travers les arbres, et j’allais juste poser ma main sur un tronc d’arbre gris lorsque – juste à temps – je remarque qu’il s’agissait d’une patte d’éléphant!! Heureusement, le vent soufflait mon odeur loin de lui – ou d’elle. Je me suis éloignée et j’ai regagné silencieusement ma cabine, le cœur battant.

À un autre moment, j’étais avec Iain Douglas-Hamilton au Parc National Manyara, le site de sa célèbre étude. Nous avons trouvé son éléphant préféré, Virgo, qu’il connaissait depuis sa naissance, et Iain me l’a présentée. Nous sommes sortis de notre voiture, j’ai tendu ma main, et elle l’a gentiment touchée, tellement gentiment, avec sa trompe. Virgo, je ne t’oublierai jamais.

Je ne pourrai jamais pardonner les gens impliqués dans le massacre à grande échelle de ces êtres incroyables. Des trompes tranchées et jetés de côté. Des défenses tranchées. Même de très jeunes éléphants sont tués pour leurs petites défenses.

En cette Journée Mondiale des Eléphants, je me demande combien seront tués, combien de petits éléphanteaux perdront leurs mamans.

Je ne peux plus écrire car mes yeux se brouillent de larmes.

Jane Goodall, PhD., DBE
Fondatrice de l’Institut Jane Goodall
& Messager de la paix des Nations Unies

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