jane Blog > Super Kodo, roi de la jungle congolaise

Pouvez-vous citer le nom d’un héros de série télévisée qui est à la fois roi de la jungle et protecteur des singes qui y vivent Tarzan, dites-vous? Non, pas en République du Congo. Le Congo a son propre héros. Le Congo a Super Kodo !

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Il y de cela quelques années à peine, Kodo, habitant d’un petit village du Sud du Congo, était encore un garçon ordinaire. Jusqu’au jour où, alors qu’il se promenait paisiblement dans la forêt qu’il affectionne tant, il croisa le chemin d’une mystérieuse sirène. Celle-ci lui confia son amour pour la nature et, le regardant droit dans les yeux, le dota de pouvoirs magiques. Kodo fut dès lors capable de voler, de se rendre invisible et même de foudroyer d’un éclair magique les braconniers et les chasseurs les plus chevronnés, les transformant ainsi en « amis des animaux » et en protecteurs de la nature. Un statut de super héros nécessitant une tenue de super héros, la sirène lui fit cadeau d’un costume doré, avec cape et emblème.

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Super Kodo est né de l’imaginaire de Fernando Turmo, coordinateur Média & Communication du Centre de Réhabilitation pour Chimpanzés Tchimpounga, le plus grand centre d’accueil pour chimpanzés du continent africain.

C’est en 2009 que Fernando décide de tourner le premier épisode avec un groupe d’enfants du village voisin. Le but initial était alors d’utiliser ce petit film dans les écoles pour y animer les projets éducatifs du JGI. Le réalisateur espérait ainsi toucher les élèves de façon ludique. Les enfants prennent ainsi conscience de l’importance de protéger leur forêt et sont sensibilisés aux problèmes rencontrés dans leur environnement direct par l’intermédiaire de jeunes de leur propre génération. Un autre attrait de la série vient de son recours aux croyances populaires de la culture congolaise, comme les sirènes et la magie. Le héros, quant à lui, vient de Boueti, le village où a eu lieu le casting. Le jeune Carel Mousseisi a immédiatement été une évidence : « Pas de doute, c’était Super Kodo! »

D’autres épisodes ont ensuite suivi. Dix de ces courts métrages ont déjà été diffusés sur la chaîne de télévision congolaise et Super Kodo connait désormais un énorme succès. Cette série, la seule à être destinée aux enfants dans la langue locale Monokutuba, est rediffusée en boucle. Rares sont aujourd’hui les habitants des environs, jeunes et moins jeunes, qui ignorent l’existence du super héros. Grâce à lui, la population est notamment informée des effets désastreux du commerce de la viande de brousse, mais aussi des lois et des règlementations qui régissent la chasse. De grands panneaux de sensibilisation, placés à divers endroits stratégiques dans la région par le JGI, avertissent en outre la population de l’illégalité de la chasse et du commerce des grands singes. Cette campagne d’affichage et la diffusion de Super Kodo ont déjà fait leurs preuves: depuis 2009, plus un seul chimpanzé n’a en effet été confisqué dans la Région.

3Carel, âgé aujourd’hui de 15 ans, est devenu en quelques années une célébrité congolaise et l’idole de nombreux écoliers. Ses pouvoirs magiques lui confèrent un statut particulier qui lui assure le plus grand respect. Lors de ma visite à Tchimpounga, j’ai eu l’occasion de rencontrer ce personnage charismatique sur le tournage d’un nouvel épisode. Dans celui-ci, Super Kodo et ses amis participent à la plantation d’une nouvelle forêt. Celle-ci permettra la jonction entre deux habitats où vivent actuellement des groupes de chimpanzés sauvages séparés.

Carel et les 7 autres jeunes comédiens, tous bénévoles, prennent manifestement énormément de plaisir à tourner. Le jeune adolescent est heureux de remplir un rôle aussi important et est très enthousiaste à l’idée que les enfants puissent ainsi apprendre à mieux appréhender la nature. Pour les remercier de cette collaboration, Tchimpounga finance chaque année le matériel scolaire dont les jeunes acteurs ont besoin.

4Fernando aimerait encore étendre la diffusion de la série, mais n’en a malheureusement pas le budget. La réalisation d’un épisode n’est pas très coûteuse: toute l’équipe est bénévole et, malgré le peu de moyens, le résultat est impressionnant.
Il faut ajouter à cela les diverses dépenses engendrées par la production elle-même, à savoir, par exemple, l’achat des costumes, de la nourriture pour les enfants ou encore les frais de transport vers les différents lieux de tournage. Un budget plus élevé permettrait toutefois à Fernando de s’atteler à la version française. Pour doubler les épisodes passés et à venir, il doit en effet avoir les moyens de faire venir des enfants de la ville qui, eux, s’expriment en français. La série, qui est diffusée dans la Région de Pointe Noire, est actuellement visible par pratiquement la moitié de la population congolaise. La langue française permettrait non seulement à la totalité de la population du pays de suivre les aventures de Super Kodo, mais aussi à d’autres pays africains francophones d’y avoir accès.

Le plus grand désir de Fernando serait de pouvoir bénéficier d’un budget structurel pour soutenir les vedettes de la série dans leur scolarité. Pour pouvoir continuer à étudier, les enfants doivent en effet se rendre en ville, des frais que les parents ne peuvent malheureusement pas honorer. « Après plus de 4 ans d’investissement volontaire au service de la protection de l’environnement, il est plus que temps de pouvoir leur offrir quelque chose en retour, plus que des livres scolaires et des stylos. J’aimerais donner la chance à ces jeunes de suivre une formation qui leur ouvrira les portes d’un meilleur avenir ».

5Lorsque nous nous sommes rendus dans le village pour aller chercher les enfants un jour de tournage, j’ai compris tout le sens de ces paroles. Nous y avons vu la maison dans laquelle vit Carel avec les 5 membres de sa famille. Il ne s’est pas offert une villa avec piscine, comme on pourrait se l’imaginer d’une vedette du petit écran. Non, rien de tout cela. Il vit dans une modeste cabane en bois dans laquelle il dort à même le sol. Un sol qui, lors de la saison des pluies, se métamorphose en boue.

Le onzième épisode est malgré tout prêt à être diffusé et deux autres films sont actuellement en cours de réalisation. La forêt et ses habitants peuvent donc encore compter sur le soutien de Super Kodo. Et ils en ont assurément grand besoin!
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Article par Susan Peeters, bénévole au JGI Nederland, elle a travaillé à Tchimpounga en 2012. Susan a partagé son expérience avec les bénévoles du JGI Belgium lors d’une de nos réunions en mai 2013.
Crédits photographiques : Susan Peeters et Fernando Turmo.

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